Au cœur de l’Amazonie : un stage qui dépasse les frontières 

En mai dernier, dix membres de la communauté du Cégep de l’Outaouais ont quitté leurs repères habituels pour vivre une expérience aussi exigeante qu’inoubliable au cœur de l’Amazonie péruvienne. Notre destination : Indiana, une petite communauté située sur les rives de l’Amazone, accessible essentiellement par bateau et entourée d’une forêt tropicale aussi luxuriante qu’impitoyable.  Nous avons aussi eu la chance de travailler dans des villages en jungle profonde, TRÈS profonde! 

Notre groupe réunissait trois étudiantes en Techniques de diététique, trois étudiantes et un étudiant en Techniques d’hygiène dentaire, deux enseignantes en Techniques de diététique, Audrey Sigouin-Lacoste et Catherine Plaziac, ainsi que moi-même, Patrick Fillion, microbiologiste-immunologiste du Département de biologie. Nous avons été accueillis et accompagnés par Infirmières et Infirmiers sans frontière (IISF), dont l’engagement auprès des communautés éloignées nous a permis de nous immerger véritablement dans la réalité locale. 

Des sourires à perte de vue 

Pour les étudiantes et l’étudiant en hygiène dentaire, le stage a été l’occasion de mettre leurs compétences au service d’une population pour qui l’accès aux soins et à la prévention demeure particulièrement limité. En deux semaines, nous avons rencontré plus de 600 enfants d’âge scolaire. 

Au-delà des interventions cliniques, l’objectif était avant tout préventif. Les jeunes ont reçu de l’information sur les bonnes habitudes d’hygiène buccale, ont bénéficié d’une application de fluor et sont repartis avec des brosses à dents, du dentifrice et de la soie dentaire. Derrière chacun de ces gestes, parfois simples en apparence, se trouvait un objectif essentiel : donner aux enfants les moyens de préserver leur santé buccodentaire malgré l’éloignement des ressources. 

Nous avons également eu le privilège de former des infirmières et des infirmiers péruviens, qui jouent un rôle crucial dans les communautés les plus isolées. Ce sont notamment ces professionnels qui assurent l’application du fluor auprès des populations vivant loin des centres urbains. La transmission des connaissances devenait ainsi un véritable multiplicateur d’impact : plutôt que de simplement intervenir pendant quelques jours, nous contribuions à renforcer une expertise qui pourra continuer à bénéficier aux communautés longtemps après notre départ. 

Nourrir la santé, une bouchée à la fois 

Les étudiantes en Techniques de diététique ont, elles aussi, dû sortir des sentiers battus. Impossible, dans un contexte aussi différent du nôtre, de simplement transposer nos habitudes alimentaires et nos recommandations québécoises. 

Elles ont donc pris le temps de découvrir la réalité alimentaire locale, notamment en visitant les marchés d’Indiana et en s’intéressant aux aliments disponibles et consommés par la population. Cette démarche leur a permis d’adapter leurs exposés sur la saine alimentation à la réalité culturelle, économique et alimentaire des communautés rencontrées. 

Elles ont ainsi présenté différents principes liés à une alimentation équilibrée, en tenant compte des aliments réellement accessibles aux familles. Cette approche illustre parfaitement ce que peut être une intervention de santé réussie : il ne suffit pas de transmettre des connaissances; il faut savoir les ancrer dans la réalité de ceux à qui elles s’adressent. 

Apprendre dans l’inconfort 

Pendant deux semaines, la salle de classe a été remplacée par les rives de l’Amazone, les marchés locaux, les écoles et les communautés éloignées. La chaleur et l’humidité omniprésentes, les déplacements en bateau, les conditions sanitaires différentes et la fatigue ont rapidement rappelé à chacun que ce stage ne serait pas une simple escapade exotique. 

Il fallait s’adapter. Accepter l’inconfort. Faire preuve de patience, de débrouillardise et, surtout, de solidarité. 

Un événement est venu mettre cette capacité d’adaptation particulièrement à l’épreuve. Dès le début du stage, un de nos étudiants a perdu les documents indispensables à son retour au Canada. Ce qui aurait pu constituer une mésaventure anodine dans notre quotidien s’est transformé, à des milliers de kilomètres de chez nous, en une source de stress considérable. Des démarches ont été entreprises, des communications se sont multipliées et, après beaucoup d’incertitude, nous avons finalement obtenu le document nécessaire… la veille de notre retour au pays. 

Ce moment résume peut-être mieux que tout autre la nature de cette expérience : dans un stage international, on apprend autant dans les imprévus que dans les activités planifiées. 

Une expérience qui laisse une empreinte 

Ce stage en Amazonie aura permis à nos étudiantes et à notre étudiant de mettre en pratique leurs connaissances dans un environnement profondément différent de celui dans lequel ils les avaient acquises. Mais il leur aura surtout appris que la santé ne se résume pas à des protocoles, à des analyses ou à des interventions techniques. 

Elle est intimement liée à la culture, à l’environnement, aux ressources disponibles et aux réalités sociales des populations. 

Au fil des rencontres, des sourires d’enfants, des conversations avec les professionnels péruviens et des longues traversées sur l’Amazone, nous avons découvert une autre manière de concevoir notre rôle de professionnels de la santé et d’enseignants. Nous sommes partis avec des connaissances à transmettre; nous sommes revenus avec des leçons que nous n’aurions jamais pu apprendre dans une salle de classe. 

L’Amazonie nous a rappelé une chose fondamentale : l’éducation prend toute sa valeur lorsqu’elle permet de transformer concrètement la vie des autres. Et lorsqu’elle franchit les frontières, elle transforme aussi profondément ceux qui la portent. 

Pour les personnes curieuses, voici une capsule vidéo réalisée à partir de photos et vidéos prises sur place.
SVP, soyez indulgents, j’ai créé le tout avec des compétences techniques limitées… Merci!  

Patrick Fillion